À l’Institut Liryc, l’innovation ne se limite pas aux laboratoires. Dans le cadre de notre série de portraits mettant à l’honneur les femmes de science, nous rencontrons Mathilde, ingénieure de recherche spécialisée en imagerie. 

De Télécom Physique Strasbourg à l’IHU Liryc, découvrez le parcours d’une ingénieure engagée qui prouve que haute technologie, responsabilité environnementale et recherche scientifique durable peuvent (et doivent) battre au même rythme.

Peux-tu nous présenter ton parcours et ton rôle actuel au sein de Liryc ? 

Je suis ingénieure de recherche au sein du pôle de physiopathologie, spécialisée en imagerie. J’ai suivi un cursus d’ingénieur en technologies de l’information pour la santé à Télécom Physique Strasbourg. C’est dans ce cadre que j’ai intégré l’Institut Liryc pour mon stage de fin d’études. À la suite de cette expérience, j’ai rejoint les équipes en tant qu’ingénieure.

Mon projet actuel consiste à réaliser du « recalage » d’images entre la cartographie optique et l’imagerie par résonance magnétique (IRM) à très haut champ (9.4 Tesla). L’objectif est de faire correspondre ces différentes modalités d’imagerie pour enrichir nos analyses scientifiques.

À quel moment de ton parcours la question de l’impact environnemental dans ton métier et de la recherche scientifique durable est-elle devenue une priorité ?

C’est le fruit d’une prise de conscience progressive, nourrie par des rencontres et des discussions. Initialement, c’était une réflexion plutôt personnelle.

Toutefois, en découvrant le milieu hospitalier et de recherche, j’ai constaté que nous avions des marges de progression importantes en matière de durabilité. J’aimerais que nous puissions intégrer une forme de responsabilité environnementale dans notre travail quotidien.

Pour moi, ouvrir le débat et favoriser les échanges au sein de l’institut est essentiel pour réfléchir ensemble à des directives plus écoresponsables.

La recherche est essentielle pour comprendre le changement climatique, mais comme toute activité elle est énergivore.

Comment concilies-tu ce paradoxe au quotidien ?

C’est un paradoxe réel. Nous travaillons pour faire avancer la science mais nos outils, comme l’imagerie à haut champ, sont par nature consommateurs d’énergie.

Changer ces pratiques au niveau du laboratoire demande un travail sur le long terme, cependant il existe des leviers d’actions plus immédiats permettant de réduire notre empreinte carbone : favoriser les mobilités douces pour nos trajets domicile-travail ou privilégier le train pour nos missions professionnelles. Ce sont des actions complémentaires. Même si notre activité de recherche n’est pas neutre en carbone, nous essayons d’optimiser chaque paramètre à notre échelle pour être le plus cohérent possible avec les enjeux actuels.

Selon toi, quelles seraient les actions prioritaires à encourager pour une recherche plus durable ?

Un levier majeur réside dans la gestion des déplacements. Se questionner sur la nécessité de chaque trajet est important : peut-on privilégier le distanciel ou le train pour certaines conférences ? Quand on sait qu’un trajet Bordeaux-Nice en train émet 26 fois moins de kgCO2 qu’en avion, on ne devrait même plus se poser la question sur le transport à prendre !*

Il y a aussi une réflexion à mener sur la consommation de matériel et l’usage unique au laboratoire.

Parallèlement, nous pouvons explorer la piste du matériel de seconde main. Par exemple, le pôle physiopathologie a fait l’acquisition d’un microscope confocal issu d’une vente aux enchères suite à la fermeture d’un laboratoire. En utilisant un appareil qui a déjà servi plutôt qu’un produit neuf, nous réduisons l’impact lié à la fabrication des composants. 

C’est une démarche d’économie circulaire que nous devrions tendre à généraliser.

Quelles initiatives ou figures t’inspirent dans le domaine de la science plus sobre ?

Il y a des plateformes comme Labos 1 point 5 ou l’exposition “Ça chauffe chez les Scientifiques” de La physique autrement que j’ai trouvée très inspirante et très esthétique.

Je pense aussi à des activistes comme Camille Etienne qui s’appuie sur des faits scientifiques pour montrer que le réchauffement climatique est une vérité factuelle.

Enfin, je m’intéresse beaucoup au mouvement “Low-tech”. Au lieu d’aller toujours vers le dernier cri technologique, l’idée est de revenir à l’essentiel et d’utiliser des technologies plus sobres. C’est très inspirant de repenser notre manière de consommer l’énergie. 

Quel message souhaites-tu transmettre aux jeunes filles qui veulent se lancer dans la science mais qui sont préoccupées par les enjeux écologiques ?

Je leur dirais que la science offre une diversité de métiers passionnants. Apporter cette conscience écologique dans des secteurs de pointe est une véritable chance mais aussi une opportunité : cela permet de faire évoluer les pratiques de l’intérieur. 

*Source : lowtrip.fr

Et si la télésurveillance pouvait changer le suivi de votre insuffisance cardiaque ?

Pour cette nouvelle édition des Rencontres Connectées, la Dre Mélèze Hocini, cardiologue et directrice générale par intérim de Liryc, recevra le Dr Sylvain Ploux, cardiologue au CHU de Bordeaux, pour mettre en avant les bénéfices et les perspectives de ces avancées majeures en télésurveillance et notamment dans le cadre de l’insuffisance cardiaque.