De Grenoble à Toronto, en passant par Bordeaux, Maëlys mène de front une carrière de cardiologue pédiatrique, une thèse de sciences en imagerie ultrarapide et une vie de famille bien remplie. Entre deux gardes au CHU et ses recherches menées au sein de l’IHU Liryc, cette maman de deux petits garçons nous raconte comment elle concilie sa passion pour la recherche scientifique et le médical, avec sa maternité.

Peux-tu nous raconter comment la science est entrée dans ta vie ?

Je suis médecin de formation, spécialisée en cardiologie pédiatrique et congénitale. J’ai grandi à Grenoble et je suis arrivée à Bordeaux en 2016 pour mon internat. Au départ, la recherche n’était pas forcément un plan de carrière tout tracé, mais j’ai eu l’intuition que cela m’apporterait quelque chose de plus dans mon parcours. J’ai eu la chance de décrocher un Master 2 à Paris dans un laboratoire leader en physique Physics for Medicine.

Puis, les planètes se sont alignées : mon chef de service au CHU de Bordeaux, le Pr Jean-Benoît Thambo, m’a guidée vers une mobilité à Toronto, dans le laboratoire où travaillait le Dr Olivier Villemain (chercheur à Liryc). Là-bas, j’ai découvert une recherche de haut niveau avec des moyens exceptionnels. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment forgé mon esprit scientifique.

Sur quoi portent tes recherches ?

Mes recherches actuelles portent sur un projet translationnel d’échographie “Ultrafast” (à très haute cadence d’images).

Pour bien comprendre : en échographie conventionnelle, on tourne à environ 50 images par seconde. Avec l’Ultrafast, on monte à 10 000, voire

20 000 images par seconde !

Tu es revenue de ta mobilité à Toronto, enceinte de 7 mois, pour enchaîner sur un clinicat intense à Bordeaux.

Comment as-tu géré ce rythme ?

Je ne me suis jamais posé la question de savoir si ma maternité allait être un frein. Je suis rentrée, j’ai accouché, et j’ai attaqué mon clinicat. 

Le clinicat est la période la plus dure pour un médecin. Il s’agit de 2 années de sur-spécialisation en fin de formation médicale. On a les responsabilités d’un senior tout en étant encore jeune. De plus, mon mari est chirurgien thoracique, d’astreinte une semaine sur trois ; on a dû être particulièrement organisés avec un bébé de 4 mois tout en travaillant entre 60 et 70 heures par semaine. On a géré grâce à beaucoup d’organisation, de communication et de soutien de nos équipes et de nos proches.

Qu’est-ce qui t’a permis de tenir cet équilibre ? 

C’est un mélange de rigueur personnelle et de bienveillance collective. Avec mon mari, nous avons un quotidien très cadré. 

Professionnellement, j’ai été très soutenue : le Pr Jean-Benoît Thambo et le Dr Olivier Villemain ont été de véritables « gardes-fous » pour protéger mon temps de travail.

Un facteur clé a aussi été la crèche du CHU de Bordeaux, qui a des horaires d’ouverture très larges et qui est juste à côté de l’IHU Liryc, au sein duquel j’effectue ma thèse de sciences à 100%. Je commence donc ma journée à 9h après avoir déposé mes deux fils, et je termine vers 17h. Je cloisonne énormément : quand je suis au labo, je suis à 100 % chercheuse ; quand je rentre, je suis à 100 % maman.

Les stéréotypes de genre sont encore ancrés dans les milieux professionnels. Quel est ton regard là-dessus ?

J’ai eu de la chance car je n’ai pas eu d’expérience négative dans mon parcours, mais je suis lucide. Le sexisme existe et j’en ai été témoin. On voit encore des services très masculins où les mentalités évoluent lentement. Certains hésitent encore à embaucher des femmes cheffes de clinique de peur qu’elles s’arrêtent pour une grossesse. C’est illégal mais ça existe. 

Mais cela évolue quand même. Lors de ma deuxième grossesse, je préparais les débuts de ma thèse de sciences pour laquelle j’ai dû décrocher un financement. J’ai postulé au « Poste d’accueil » Inserm, qui est un peu le graal. Après une présélection sur dossier, j’ai dû me rendre à Paris pour passer un oral devant un jury national de professeurs universitaires. À 6 mois et demi de grossesse, je ne savais pas s’il fallait assumer mon ventre ou tenter de le cacher, je me demandais si cela pouvait avoir un impact sur l’obtention de ce financement. Il s’avère que c’était difficile à cacher, que je n’ai eu aucune remarque et je l’ai décroché.

Pour moi, le vrai féminisme est là : que chaque femme puisse placer son curseur où elle le souhaite, choisir son propre équilibre, sans subir de limites imposées par le système. La jeune génération n’accepte plus de sacrifier sa santé physique ou mentale, et c’est ce qui fait bouger les lignes.

Maëlys Venet

Que dirais-tu aux jeunes femmes qui hésitent à concilier longues études et vie de famille ?

Faites-vous confiance et n’écoutez pas trop les autres. La maternité est quelque chose de très intime et personnel. Il n’y a pas de “bon moment”. Il faut s’écouter soi-même avant d’écouter les injonctions extérieures. On peut avoir une carrière riche, exigeante et une vie de famille épanouie. C’est une question de curseur et d’organisation, mais c’est possible !

Et si la télésurveillance pouvait changer le suivi de votre insuffisance cardiaque ?

Pour cette nouvelle édition des Rencontres Connectées, la Dre Mélèze Hocini, cardiologue et directrice générale par intérim de Liryc, recevra le Dr Sylvain Ploux, cardiologue au CHU de Bordeaux, pour mettre en avant les bénéfices et les perspectives de ces avancées majeures en télésurveillance et notamment dans le cadre de l’insuffisance cardiaque.