05 Janvier 2017
Un composant du pétrole est directement associé aux dysfonctionnements électriques du cœur

Un composant du pétrole est directement associé aux dysfonctionnements électriques du cœur, pouvant conduire à une mort subite : c’est le résultat d’une étude menée par des chercheurs des universités de Stanford, Manchester et du National Oceanic and Atmospheric Administration. Dans un article publié dans Nature Scientific Reports, ils décrivent un nouveau mécanisme mettant en évidence les dysfonctionnements électriques cardiaques induits par la pollution.

Lien vers le communiqué de presse de Stanford

[A novel cardiotoxic mechanism for a pervasive global pollutant. Fabien Brette, Holly A. Shiels, Gina L.J. Galli, Caroline Cros, John P. Incardona, Nathaniel L. Sholz, Barbara A. Block]. Lire l'article

Les premiers résultats de leur étude, publiés dans le Science en 2014, concluaient à une association entre pétrole et arythmie [Brette F. et al. Crude oil impairs cardiac excitation-contraction coupling in fish. Science 343, 772-776 (2014)]. L’équipe de chercheurs, dirigée par Barbara Block et Holly Shiels des universités de Stanford et Manchester, est allée plus loin en étudiant plusieurs composants du pétrole : mis en contact direct un à un avec les cellules cardiaques, un élément en particulier a été identifié comme délétère pour le cœur de poissons. Par son effet direct sur un canal potassique, le phénanthrène induit un allongement du potentiel d’action, entrainant un risque de mort subite.

Cette première étude faisait suite en particulier à l’explosion de la plateforme de forage Deepwater Horizon en 2010 dans le Golfe du Mexique : il avait alors été montré que les poissons exposés à ce déversement de pétrole présentaient des anomalies du développement, conduisant les chercheurs à examiner de plus près les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). De nombreuses études avaient déjà montré le lien entre ces HAP et le cancer. Le phénanthrène lui à ce jour n’a pas été qualifié comme élément cancérigène, mais il altère la fonction électrique cardiaque. Plus le dosage du phénanthrène est élevé, plus la probabilité de faire une arythmie augmente.

Le mécanisme qui altère la fonction cardiaque chez le poisson et la protéine ciblée par le phénanthrène sont également présents chez l’homme. Les contractions plus faibles observées sur les cellules cardiaques des poissons, et les battements cardiaques irréguliers, peuvent donc se reproduire chez l’homme, signifiant alors une possible mort subite.

Or on trouve cette molécule dans le pétrole et tous ses composés. La pollution atmosphérique urbaine est chargée d’HAP, dont le phénanthrène. Les auteurs recommandent donc la plus grande prudence quant à l’utilisation du pétrole… et conseillent de laisser de côté votre voiture au profit de votre vélo, d’autant qu’un peu d’exercices sera encore meilleur pour votre cœur. Ils espèrent surtout que ces premiers résultats vont conduire à revoir les recommandations au niveau des concentrations de ces produits, et conduire à d’autres recherches. Fabien Brette, chercheur associé à Stanford dans l’équipe de Barbara Block au moment de l’étude, et aujourd’hui chercheur Inserm et chef d’équipe électrophysiologie cellulaire à l’Institut de rythmologie et modélisation cardiaque (Liryc) à Bordeaux, est convié pour présenter les résultats de cette étude et les perspectives de cette étude, au congrès de l’International union of Physiological Society (IUPS) à Rio en août prochain. Avec Caroline Cros, co-auteur de cet article, aujourd’hui post-doctorante à l’IHU Liryc, F. Brette souhaiterait aller plus loin, et observer ces résultats sur cœur humain. En effet, après avoir observé sur une cellule cardiaque de poisson, l’effet de ce phénanthrène, à savoir l’augmentation de la durée du potentiel d’action en moins d’une minute, il reste à étudier les effets sur un cœur entier, puis sur l’homme. Il se trouve que l’IHU Liryc travaille sur un programme de recherche sur cœur humain, le programme Cadence (fibrillation cardiaque et dyssynchronie électrique du cœur), rendu possible grâce au don d’organes pour la recherche. Ce programme, qui est l’essence même du Liryc de par son approche multidisciplinaire réunissant des expertises en recherche fondamentale et clinique, propose une approche intégrative, de la molécule à l’homme. Les perspectives de progrès pour la compréhension de ces dysfonctionnements électriques mortels sont considérables.

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